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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 10:31

Depuis le 6 février, une jeune femme de 27 ans, mariée et mère de deux enfants de 6 et 2 ans, est en grève de la faim devant la marie de sa ville, à côté d’une pancarte sur laquelle est écrit en grosses lettres : « L’État me prive de travail », et une autre : « Je veux avoir le droit de vivre de mon travail ». On pense alors que pour d’obscures et injustes raisons administratives, cette jeune mère se voit refuser un emploi. Mais plus bas, sur le carton, on peut lire le calcul suivant : 2 CDI 2400€, assistante maternelle 1000€, remboursement CAF 290,94€. Avec comme conclusion qu’une fois les factures payées il ne reste alors à la famille que 30€. Donc elle a un emploi, le problème n’est pas là.

 

On pourrait croire alors que la revendication de la gréviste vise le bas niveau de salaire des smicards, puisqu’une dernière pancarte justifie sa grève par son statut de « femme, maman, smicarde, sans-dents ». Mais en réalité ce n’est pas vraiment non plus de cela dont il s’agit. En effet Aurélie, puisque tel est son nom, précise les motivations de sa colère dans un entretien que l’on peut retrouver sur le site de RMC-BFMTV1. Elle y explique qu’il y a peu elle ne travaillait qu’à mi-temps et qu’alors, les aides sociales dont elle pouvait bénéficier étant plus importantes, la famille s’en sortait mieux : « Avant, quand je travaillais à mi-temps et que mon mari était étudiant, entre mon salaire et les aides de la Caf, on touchait à peu près 2.000 euros. Et là, depuis qu'on travaille tous les deux à temps plein – moi dans une boulangerie et lui comme clerc de notaire –, on n'a pas assez pour vivre. En décembre, son salaire était de 1.259 euros et le mien de 1.143 euros. » On apprend donc que « avant », lorsque tout allait mieux, non seulement elle ne travaillait qu’à mi-temps, mais que son mari étant étudiant, il ne participait pas au revenu de la famille. Un rapide calcul permet donc de déduire que la part du salaire pour le travail à mi-temps d’Aurélie devait être approximativement de 1143/2 = 572€. Ce qui veut dire que la Caf versait le reste, soit 2000 – 572 = 1428€. Le détail des prestations n’étant pas précisé, on ne sait pas si la famille avait déjà recours aux services d’une nounou à temps plein ou partiel – entre le mi-temps d’Aurélie et le statut d’étudiant de son mari, on peut espérer qu’ils parvenaient à s’occuper en partie eux-mêmes de leurs enfants.

Mais une fois le couple au travail tous les deux à plein temps, leur revenu augmentant, les aides de la Caf ont baissé, et Aurélie s’offusque de ne plus être « remboursée que de 290 euros par mois pour la garde des enfants par une assistante maternelle. Le salaire de la nounou est de 1.048 euros. Quand vous enlevez les aides de la Caf, il reste 800 euros à notre charge. Vous rajoutez les factures et le loyer, il ne nous reste plus rien pour vivre, alors qu'on travaille ! Si je restais chez moi pour garder mes enfants, même sans aides et avec le seul salaire de mon mari on aurait plus d’argent. » Pragmatique, une employée de la Caf à qui Aurélie était allée se plaindre, lui a répondu qu’au vu de son dossier elle était « bête d’aller travailler ». Choquée par tant de misogynie Aurélie a perdu l’appétit et décidé de se battre : « J'adore mon travail et je veux le garder car je m'épanouis dans ce que je fais » nous apprend-elle. Ayant médiatisé sa lutte, elle reçoit des messages de soutien, comme celui de cette maman qui explique « qu'elle ne peut pas travailler, parce qu'elle ne trouve pas de nounou pour garder ses trois enfants en même temps, et parce que cela lui coûterait trop cher en frais de garde ». Ainsi, ce que réclament ces féministes est que l’État prenne en charge le salaire de celles qui s’occuperont de ses enfants pendant qu’elles s’épanouiront ailleurs.

 

Si l’on convient avec elles que les salaires sont trop bas et que « c'est la situation de tous les Français de la classe moyenne qui est triste », il nous est difficile de ne pas ressentir également de la tristesse pour une autre cause presque aussi largement répandue que la faiblesse des salaires : dans la France du XXIe siècle, s’occuper de ses enfants est un fardeau dont il convient de se décharger sur quelqu’un d’autre avec l’aide de l’État. À 27 ans, Aurélie et les autres ont encore entre 35 et 40 ans de travail à fournir avant d’arriver à la retraite. Avec les années précédentes, on peut tabler sur quelque 45 ans de labeur salarié dans leur existence. Et dans ces années, une trouée – pour certaines une percée de ciel bleu, les plus belles années de leur vie : l’enfance de leurs enfants.

Mais pas pour elles. Ces femmes modernes ne s’y plaisent pas : il est en effet bien plus épanouissant de vendre des petits pains toute la journée et laisser le fastidieux devoir de « torcher leurs gosses » à une autre. Qu’il faudra payer, hélas ! Et on peut se demander pourquoi 1048€ semble trop élevé à ces féministes pour faire ce qu’elles trouvent trop peu « épanouissant » à faire, alors qu’elles-mêmes se plaignent de ne gagner que 1143€ derrière leur comptoir. L’argent est le moyen de faciliter un troc, et dans une société sans argent, l’échange serait « je travaille pour toi pendant que tu travailles pour moi », nos savoir-faire étant différents. À la fin, chacun aurait eu un service ou un bien de même valeur. Il ne leur resterait rien d’autre, pas même l’équivalent de 30€. Aujourd’hui, la valeur est traduite en monnaie, et il faut ajouter à chaque service les charges sociales qui y sont attachées. Ainsi, lorsque « je travaille pour toi pendant que tu travailles pour moi » laisse à chacun une ardoise envers l’État équivalent à ces charges. Une simple logique comptable voudrait alors que chacun travaille pour lui dans la mesure de ses capacités, ou que l’échange se fasse sans argent, sur le mode du service rendu, du don et du contre-don.

Aussi, lorsqu’Aurélie se plaint que son salaire passe presque tout entier dans le salaire de la nounou, elle oublie qu’en plus de cet échange, légèrement à son avantage, elle gagne aussi la protection sociale qui y est attachée. Mais dans un système où cette protection est socialisée, elle n’en a cure : si elle ne travaillait pas elle serait tout aussi bien remboursée par la Sécu au titre d’ayant droit de son mari. Chacun ainsi ne voit pas quel avantage il a réellement – à part quelques sous dans une lointaine et hypothétique retraite – à mettre ainsi au pot commun. Elle oublie également que la nounou doit vivre elle aussi, et qu’avec 1048€ il ne doit pas lui rester grand'chose non plus à la fin du mois. Et que si Aurélie et les autres mamans étaient mieux payées (ce qui serait souhaitable), il serait normal que les nounous le soient également. Au bout du compte, il ne leur resterait donc guère plus d’argent à la fin du mois.

Alors la question est la suivante : l’État doit-il subvenir entièrement aux frais de garde des enfants ? C’est ce que semble réclamer ces mères qui ont fait des enfants sans avoir le désir de s’en occuper, qui luttent pour une libération fantasmée – à l’encontre de toutes les luttes sociales – et qui assènent à qui veut les entendre que c’est leur choix et que c’est leur droit, sans jamais se demander si le choix et le droit de leurs petits seraient d’avoir leur maman auprès d’eux.

Mais comme elles trouveraient bien rétrograde que l’État verse un salaire maternel pour aider les femmes qui s’occupent elles-mêmes de leurs petits, la seule réponse qui semble-t-il les satisferait serait : « Oui », à condition qu’une autre s’en charge.

Triste époque.

 

1.http://rmc.bfmtv.com/emission/aurelie-travailleuse-pauvre-en-greve-de-la-faim-la-caf-m-a-dit-que-j-etais-bete-d-aller-travailler-1100477.html

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 23:23

 tas pierresDans le cadre de l' « affaire Sakineh », montée de toute pièces par le meneur de la Règle du Jeu, Infrarouge, une émission de la Télévision Suisse Romande, mettait en présence Marek Halter, écrivain français, juif, co-fondateur de SOS-Racisme, Saïda Keller-Messahli, suissesse d'origine tunisienne, présidente du Forum pour un islam progressiste, et Hani Ramadan, suisse d'origine égyptienne, directeur du Centre islamique de Genève. Il s'agissait donc de discuter de la lapidation, et Hani Ramadan ne l'ayant pas franchement condamnée puisqu'il voit en ellvilain.jpge une mesure dissuasive difficilement applicable en vertu des lois coraniques qui l'entourent, tenait là le rôle du Vilain : celui qui ne prenait pas la défense de Sakineh. Il n'avait d'ailleurs pas signé la pétition contre la lapidation initiée par BHL, ce qui, dans la vision toujours manichéenne que l'on nous offre, signifiait bien évidemment son adhésion à cette pratique moyenâgeuse. Il fallait donc mettre tout de suite le téléspectateur du bon côté - celui des pratiques non moyenâgeuses - et la présentatrice de l'émission, ayant fouillé dans un livre publié en 1991 par Hani Ramadan, « La femme en Islam », y mere-enfants2.jpgavait trouvé ce qui lui avait semblé être une Perle : parlant de la femme il évoquait « sa fonction primordiale qui consiste à élever ses enfants ». Diable !

Par un raccourci improbable et pourtant efficace, l'animatrice télévisuelle mettait ainsi dans le même lot obscurantiste l'adhésion aux vertus dissuasives de la lapidation et l'adhésion aux vertus de l'éducation des enfants par leurs mères. Raccourci improbable si on le met à l'épreuve de notre raison - mais justement efficace parce que passant par la partie reptilienne de notre cerveau - il est surtout très éclairant de la manière dont on veut faire passer dans l'esprit des femmes que vouloir élever elles-mêmes leurs enfants avant toute autre préoccupation est d'un autre âge. Parce qu'ici, ce qui nous importe, c'est tout autant l'utilisation de la phrase supposée ringarde du livre de Hani Ramadan pour le diaboliser avant qu'il s'exprime sur la lapidation, que l'inverse, à savoir la relation que l'on impose dans la tête des téléspectateurs : penser que l'éducation de ses enfants pourrait, et même devrait, imposer aux femmes de mettre au second plan d'autres aspects de leurs vies est aussi contraire aux Droits de l'Homme – entendons là, par extension, aux Droits de la Femme – que la lapidation.

mere-enfants.jpgRevenons donc à la Perle : « la fonction primordiale d'une femme consiste à élever ses enfants. ». Et posons-nous la question : quelle est la fonction primordiale de l'Humain ? Nul ne le sait, et depuis que l'Homme pense, c'est à dire depuis qu'il est Homme, il se pose la question. Devant cet abîme, et imprégnés de l'humilité qui ne peut que nous conduire à ne pas pouvoir donner une réponse définitive à ce qui reste la première et la dernière question d'une vie honnête, on ne peut que penser que devant notre incapacité à y répondre et quelle que soit cette réponse – destinée évolutive et historique commencée dans un amas de matière ou dessein divin – notre seul devoir, qu'il s'inscrive donc dans l'Histoire ou dans la réalisation d'une volonté qui nous dépasse, est bien de nous reproduire. Mais pas n'importe comment : nous reproduire en implémentant à chaque génération un petit plus, une plus-value pourrait-on presque dire, qui serait le fruit de l'expérience de chacun qu'il aura transmis à sa descendance. Entendons-nous bien : non pas l'expérience puisque celle-ci meurt avec nous, mais son fruit, son essence, le pas de plus qu'elle nous a permis de faire. Voilà donc la fonction primordiale de l'humain ! Pierre par pierre continuer l'œuvre commencée : s'améliorer tas-pierres2.jpglui-même, se reproduire puisqu'il est mortel, et donner les clés. Voilà ce qui, sur son lit de mort, devrait apaiser celui qui s'en va : le sentiment d'avoir, son devoir accompli par ses propres réalisations, passé le flambeau à d'autres qui pourront le mener plus loin encore. Il faut Faire et Transmettre. Chacun doit Faire, en fonction de ce qui lui a été transmis - c'est le sens de la parabole des talents – et la femme n'est pas exempte de ce devoir-là. Elle participe de l'avancée du monde, et les luttes des premières féministes qui réclamaient que leur soit donnés les outils pour leur permettre cette participation étaient légitimes, aussi bien au regard d'une vision matérialiste que spirituelle de l'humanité. Et chacun doit Transmettre - au risque de n'avoir fait que pour le néant - et l'homme n'est pas exempt de ce devoir-là. Mais avant de transmettre il faut modeler l'adulte en devenir, préparer le réceptacle du savoir, le rendre capable de cette réception. Un enfant non éduqué ne pourra ni avancer ni transmettre à son tour. Il ne pourra réaliser sa fonction fondamentale d'Humain et fera régresser l'humanité toute entière. Élever un enfant c'est permettre à l'humain qu'il est de devenir mere-enfants3.jpglui-même dans toutes ses potentialités. N'est-ce donc pas bien une fonction fondamentale de toute société ? Celui qui l'endosse n'est pas relégué dans l'obscurité d'un monde révolu. Il est au contraire l'éclaireur, celui qui éclaire ceux qui un jour seront devant. Ce rôle-là, Hani Ramadan, à la suite de nombreuses civilisations, le donne aux femmes. Nous devrions en être honorées.

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