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Il y avait eu la pièce de théâtre «Sur le concept du visage du fils de Dieu», dans laquelle, geste de révolte ou de mépris, je ne sais, cette
face s’efface sous des jets de matière brune... Quelques mois auparavant, un «artiste» avait plongé un crucifix dans un flacon d’urine... Charlie Hebdo, après avoir relayé les caricatures de
Mahomet, en remet une couche, avec son numéro spécial «Charia Hebdo». Aujourd’hui, voici Golgotha Pic-Nic qui nous emmène au pied d’un Christ en croix ridiculisé, dont la blessure au côté droit
dégorge de billets de banque, au sommet d’un Golgotha jonché de hamburgers...
Les croyants, depuis quelques décennies, tout à tour méprisés comme ringards ou gentiment moqués comme naïfs, dans une société qui ne croit qu’à ses propres valeurs
- je veux dire par là, à des lois qu’elle met en place puis érige en valeurs pour les rendre universelles - se voient aujourd’hui attaqués bien plus violemment, et plus seulement sur le thème«les
religions ont été la cause de centaines de guerres et de massacres», mais au coeur même d
e leur foi. Alors ils disent leur colère, et l’on a vu défiler catholiques et musulmans unis dans un même
front, demander le respect, non pas d’eux-mêmes, mais de ce qui pour eux, et pour une bonne moitié de l’humanité, est au-dessus d’eux.
Alors, au nom de la liberté de l’artiste, de la liberté de caricature, de la liberté de rire, on les traite d’intégristes catholiques, d’islamistes, et immédiatement on les imagine féroces, violents, bornés, en un mot extrémistes. Un pas de plus, et les voilà terroristes.
D’un autre côté, nous
avons vu Dieudonné caricaturer un colon israélien à la télévision. Puis Siné tacler le fils Sarkozy en mettant en lien la judaïté de sa femme et son avenir. Plus récemment, Eric Mazet a posé la question aux auditeurs, dans une émission de Sud-Radio, de savoir si DSK serait
soutenu par un éventuel lobby juif. Parce qu’il a laissé parler ses auditeurs, que ceux-ci peut-être n’ont pas été suffisamment filtrés, il a perdu son travail. Siné a dû quitter son journal. Dieudonné,
lui, est auréolé de soufre et les salles se ferment à son passage. Liberté d’expression ? de caricature ? de rire ? Non, nous voilà dans un tout autre registre, celui de la répression contre un
supposé racisme bien spécifique, l’antisémitisme.
Alors, on peut se poser la question : comment se fait-il que nous donnions plus de valeur à ce que nous sommes, ou même à ce que nous sommes supposés
être - car il faut quand même avoir beaucoup de bonne volonté pour voir dans la communauté juive une race distincte, ou même une ethnie tant elle est hétérogène et physiquement indiscernable -
qu’à ce que nous mettons au-dessus de nous, à ce qui nous transcende. On peut bien sûr croire qu’au-dessus
de nous il n’y a rien, et il n’y a alors, au sens strict, rien à
respecter, mais l’idée même, reposant sur une forme d’humilité, de n’être pas au sommet de la création, et de n’avoir pas pour seul raison d’être que notre propre évolution humaine se déroulant
jusqu’à on ne sait quel sommet, dans une auto-justification qui ne trouve sa raison qu
e dans un miroir, devrait forcer le respect de tous - ne serait-ce que par ce que ces questionnements
sous-tendent comme tentative d’élévation de la conscience - et même de la part de ceux qui pensent que le néant encadre nos vies.
Et pourtant non. Le sacré n’est plus dans les choses de l’esprit, mais dans celles de la chair. Et c’est pourquoi la seule religion dont on ne peut se moquer
est celle qui a inscrit - à rebours de toutes les religions universalistes qui voudraient voir l’humanité entière se rassembler dans un même espoir et une même foi - qui a inscrit donc ce qui
devrait
pourtant rester du domaine de l’esprit, dans les corps, dans
chacune de leurs cellules, au plus p
rofond de leur chair, dans ce qui biologiquement les identifie, dans leurs gènes. Alors, là encore, je me pose la question : pour que les chrétiens, les musulmans,
soient respectés, devraient-ils eux aussi - se mettant ainsi dans l’impossibilité d’obéir aux paroles du Christ ou de Mohammed qui envoyèrent leurs disciples prêcher et convertir - inscrire leur foi dans leur sang ? Est-ce là le
prix du respect aujourd’hui ? On le dirait. Il est alors trop cher payé, puisque ce prix serait celui du renoncement.
Et
c’est bien là toute la tristesse de celui qui constate que la chair seule obtient aujourd’hui le respect de ceux
qui ont renoncé à leur âme. Signe ultime du triomphe de la matière.
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