Partager l'article ! Pourquoi je serrerais la main de Faurisson: L'autre soir j'étais chez ma vieille copine un peu baba, un peu gauchist ...
L'autre soir j'étais chez ma vieille copine un peu baba, un peu gauchiste; on parle de tout, on parle de rien et
on arrive sur le sujet des élections européennes à venir. « Je soutiens Dieudonné » que je lui fais. Elle ce serait plutôt Bové, parce que Dieudonné... l'inévitable question arrive :
« quand même, il y a eu le Zénith, alors comment peux-tu intellectuellement soutenir quelqu'un qui fréquente Faurisson ? »
J'ai commencé à lui répondre, et puis les enfants sont arrivés, on a été coupées, et on a parlé d'autre chose. Mais j'ai continué à y penser, je voulais lui expliquer, les mots, les phrases tournaient dans ma tête. Il me faut y revenir... Je me suis imaginée, en face de Faurisson, qu'est-ce que je ferais si on me le présentait... Je lui serrerais la main ? Je ferme les yeux et je me regarde : oui, je lui serre la main... Pourquoi je ne sais pas encore, ce n'est pas une réponse intellectuelle, ça me semble juste naturel, simplement humain, pourtant je sais que beaucoup crieraient au scandale... Ils n'ont pas besoin de s'expliquer, tout le troupeau est derrière eux. Moi je risque d'être bien seule sur le bas-côté de la route, mais je resterai là, je ne suivrai pas le troupeau, et puisque la question m'a été posée...
Ma chère amie... Comment te faire comprendre ? D'abord une précision, Dieudonné ne "soutient" pas Faurisson, il reconnaît son droit à la parole et en a fait le symbole de la censure qu'il
dénonce et dont il a été victime lui-même. Ne crois pas que je me défausse en appelant Voltaire à la rescousse, paravent trop souvent utilisé par ceux-là même qui le brandissent pour mieux faire
accepter les limites qu'ils posent immédiatement derrière. J'irai donc plus loin et te dirai que non seulement je soutiens Dieudonné qui serre la main à Faurisson mais si l'occasion se
présentait, je lui serrerais la main moi-même, et je vais tenter de te faire comprendre pourquoi cela me semble juste.
D'abord, pour poser le décor précisons que jusqu'à cette scène du Zénith, je ne connaissais de Faurisson que son nom, associé bien sûr à l'outrage suprême : négationniste !
Alors la curiosité m'a poussée à en savoir un peu plus : je suis tombée sur une conférence où il expose ses thèses
sur les chambres à gaz. Je vois un petit bonhomme au parler lent qui essaye de démontrer scientifiquement que des chambres à gaz non étanches ne pouvaient pas fonctionner sans mettre en grand
danger les personnes alentour, en premier lieu les ouvriers de ces basses œuvres. Je suis une scientifique, tu le sais, alors cette approche me convient, je voudrais en savoir plus, j'essaye de
trouver la faille, je me dis qu'il faudrait pouvoir faire le test en grandeur réelle, voir s'il y a des émanations toxiques à l'extérieur, en quelles concentrations, doser ce qu'il reste de gaz
cyanhydrique à l'intérieur des chambres après une heure, deux heures... Ces concentrations sont-elles encore létales, sont-elles explosives ? Faurisson nous parle des récupérateurs de cadavres
qui entreraient avec une cigarette à la bouche dans les chambres, mettant cela dans le panier de l'irrecevabilité de la thèse des chambres à gaz... Pourtant c'est un stratagème bien connu des
chimistes : le gaz cyanhydrique à faible concentration n'est pas toujours détectable pour un nez pas très fin. Mêlé à la fumée de tabac, il dégage une odeur caractéristique. Alors cette histoire
de cigarette serait plutôt à mettre dans le panier des preuves de l'utilisation du ZyklonB... Enfin, je ne sais pas, je me dis qu'il faudrait creuser la chose... Pareil pour les chambres froides,
il dit qu'elles n'ont pas été faites pour ce que l'on en dit, que leur taille devrait être différente pour rendre aisée la manipulation des cadavres, mais cet argument ne tient pas si l'on
considère qu'effectivement elles n'ont pas été faites dans ce but mais détournées de leur
utilisation première : ce n'est pas parce que mon canapé n'est pas un lit, qu'il n'a pas été fait pour que je m'y couche, que je ne peux pas dormir
dedans... Enfin, j'aurais aimé qu'il y ait un débat, des tests, que tout doute puisse être levé, les chiffres discutés
- pas par moi, j'ai d'autres chats à fouetter et ce n'est pas mon métier -
mais le fait même que ce soit impossible ne fait qu'alimenter la suspicion... Alors pourquoi interdire le doute ? Pourquoi en faire un tabou ?
Puisque tu me
demandes comment je peux intellectuellement soutenir, moi je te demande comment peut-on intellectuellement accepter la célèbre phrase de Vidal-Naquet :
« Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été possible techniquement puisqu'il a eu lieu.[...] Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir de
débat sur l'existence des chambres à gaz. »
Parce que moi, intellectuellement, cela ne me convient pas.
Vingt millions de morts en Union soviétique, deux cent cinquante mille à Hiroshima, dix, quinze, vingt millions d'Indiens aux Amériques, dix, vingt, trente millions de victimes des différentes traites négrières, on en discute, on compte et on recompte, chacun est libre de donner son estimation, et personne n'est le diable, si basse soit-elle.
Mais Faurisson est le diable. Je le regarde, cornu, les pieds fourchus dans les yeux de mes concitoyens. Moi je vois un vieux monsieur qui avait une place honorable à l'université,
spécialisé dans la critique de textes et documents. Il aurait pu rester là, faire une carrière tranquille, respecté de ses pairs. Qu'est-ce qui l'a poussé à se jeter ainsi dans le brasier ?
Savait-il seulement dans quels feux il se lançait ? Était-ce par seul souci de vérité historique et scientifique ? A-t-il été emporté par un élan dont l'impulsion initiale lui a été donnée en
toute innocence et en toute ignorance de l'abîme vers lequel il se dirigeait, par l'étude sincère de plans et de photos ? A-t-il été interpellé par des détails que ceux qui n'ont pas vu ne
peuvent comprendre l'importance ? Je ne sais... Y a-t-il dans sa démarche une force obscure qui le pousse ? Une haine dont j'ignore les causes qui justifierait sa hargne au péril de sa vie ?
Encore une fois, je ne sais...
Et toi qui me lis, toi mon amie qui pense bien, le sais-tu ? Vous tous qui me lisez, le savez-vous ?
Je
vous entends pour les
plus honnêtes faire l'apologie de la liberté d'expression, citer Voltaire et paraphraser Saint-Just, je vous entends surtout, vite, vite vous prémunir, Faurisson, propos nauséabonds, le ventre
fécond, la bête immonde... Nier la Shoah telle qu'on nous la raconte ou en réduire l'importance, contester la manière dont les morts sont morts, est-ce appeler à la haine des victimes ? Est-ce se
réjouir de ce qu'elles ont subi en pensant dans le même temps que ce n'était pas assez ? Ni en nombre ni en férocité ? Est-ce appeler à « finir le travail » ? Soyons sérieux, ce n'est
rien de tout cela et vous le savez bien. Alors quoi ? Quelle est la nature de cet outrage ? Minimiser la Shoah enlève-t-elle aux juifs une part de leur humanité ? Au petit-fils de déporté mort en
camp, que change le fait que son grand-père soit mort accompagné de cinq cent mille ou de six millions d'autres ? Que change le fait que son aïeul soit mort gazé ou fusillé ? D'épuisement ou de
maladie ? Si j'étais ce petite-fils là j'aurais envie de savoir, mais que ce soit de cette manière ou de cette autre, cela ne changerait rien à ma tristesse... Personne ne conteste chaque mort
individuellement, personne ne dit à ce petit-fils « non, ton grand-père n'est pas mort, le numerus clausus est atteint, et s'il n'est pas revenu c'est qu'il a préféré ne pas
revenir, en profiter pour refaire sa vie ailleurs... ». Alors quelle est cette souffrance si terrible qu'elle doive interdire toute recherche, toute tentative de discussion du nombre ou de
la manière dont les juifs sont morts pendant la deuxième guerre mondiale ? Et pourquoi celui qui tente de le faire devient-il un criminel ?
Il y a de par le monde nombre de gens qui par leur comportement font souffrir leurs congénères de mille manières. Tortures psychologiques, manipulations, mensonges qui font parfois mourir à petit feu, sans bruit, les victimes de leur perversité. Au travail, en famille, ces gens là, même dévoilés, ont droit aux politesses d'usage. Et rarement ils seront condamnés à la moindre peine. Peut-être seront-ils mutés, leur femme voudra divorcer, mais jamais ils ne seront crucifiés. Pourtant de combien de nuits sans sommeil, de jours de larmes, de dépressions auront-ils été responsables ?
Qui a connu des pleurs et des nuits blanches, des envies de mourir à cause de Faurisson ?
Il y a des pédophiles qui ont brisé la vie de leurs victimes, qui les ont tuées parfois. Il y a ceux dont on
parle, et
combien dont on ne parle pas. Toutes ces mères assassinées à travers leurs
enfants... Il y a des prisonniers torturés à l'ombre de murs épais... Il y a des villages affamés par des maîtres qu'ils ne se sont pas donnés, des riverains
empoisonnés par la cupidité de quelqu'uns, des bébés malformés et des peuples irradiés...
Pour la puissance des uns et l'argent des autres... Il y a des luttes intestines, des soifs de pouvoir qui écrasent des populations entières dans l'indifférence du monde, atrocités inaudibles
parce qu'on ne veut pas les entendre, toute cette humanité qui crie pourtant... Mais Faurisson... Ah, Faurisson ! même s'il murmurait on l'entendrait... D'où vient donc ce sang que les aveugles
voient couler sur sa main pour refuser de la prendre ?
Il y a encore des dirigeants devant lesquels on déroule le tapis rouge, rouge de ce sang pourtant qui coule sur la main de Faurisson, et à qui on serre plus que la main : on leur donne l'accolade, on les regarde avec déférence, ils sont les maîtres du monde... Leurs crimes sont réels mais on les en excuse. Au nom de la raison d'État, fût-ce-t-elle enrobée dans un gros mensonge. Combien d'enfants morts en Irak pendant le blocus ? Cinq cent mille ? Est-ce un crime ? Non. Contester ce crime, et même le justifier en est encore moins un. « Je crois que c'est un choix très difficile, mais le prix... nous croyons que le prix en vaut la peine » nous dit Madeleine Albright sans que nous songions une seule seconde à lui refuser notre main. Enfin... je parle d'eux, parce que moi, vois-tu...
Il y a eu Menahem Begin, commissaire au Betar, président de l'Irgoun, responsable de l'attentat du King David, du massacre de
Deir Yassin, qui a reçu le prix Nobel de la Paix. Ah ! Cette poignée de main entre lui et Sadate, elle a fait le tour du monde... Mais le sang en était lavé par un peu d'encre, une signature au
bas d'un document dont une partie pourtant est tombée dans l'oubli... Dans l'oubli, comme le sang sur les mains de Begin...
«Il y a des circonstances dans l’histoire qui justifient le nettoyage ethnique». Qui a dit cela ? Faurisson ? Continuons pour y voir plus clair : «Je sais que ce terme est complètement négatif dans le discours du XXIe siècle, mais, quand le choix est entre le nettoyage ethnique et le génocide - l’annihilation de votre population - je préfère le nettoyage ethnique (...) C’était la situation. » Ah, voilà, ce n'était pas un génocide, c'était un nettoyage ethnique. Il y a eu pourtant beaucoup de morts. Où cela déjà ? « C’était ce que le sionisme affrontait. Un État Juif n’aurait pas pu être créé sans déraciner 700'000 Palestiniens. Par conséquent il était nécessaire de les déraciner». On les a juste déracinés. Les arbres aussi parfois quand on les déracine ils en crèvent... Qui refuse de serrer la main de Benny Morris pour avoir dit cela ?
Des personnes qui ont du sang sur les mains et du sang sur la langue il y en a mill
e auxquelles on serre la main : parce qu'ils sont du côté de ce que l'on considère comme le Bien sur cette
rive-ci du Styx, leurs crimes ne leur seront pas comptés. Mais à celui qui traverse, à celui-là même qui se tient
hésitant au milieu du fleuve, il ne sera rien pardonné, pas même de chercher la vérité : il n'aura pas atteint l'autre rive que déjà il aura franchi le
Rubicon.
Galilée a dû se renier pour se sauver, et pourtant il avait raison. Si l'interdiction de recherche avait subsisté,
croirait-on encore que la terre est au centre de tout ? D'autres ont été eux aussi emprisonnés pour leurs idées, mais ils se sont trompé
s et on les a oubliés. Ils ne sont
pas condamnables pour autant : si on veut ne jamais être dans l'erreur il ne faut rien chercher. Laissons donc le temps faire le tri de ceux qui ont tort et de ceux qui
ont raison, mais laissons-lui les outils pour le faire. Refuser cela c'est faire du doute une
hérésie.
Pour justifier l'Inquisition, je lis : « L'hérésie n'est pas seulement affaire de doctrine : elle est un crime global contre Dieu, les princes, la société — ce qui alors revient au même. Étant une rupture du lien social, la lutte contre l'hérésie est une question d'ordre public. » Faurisson menace-t-il vraiment l'ordre public ? Si la réponse est oui, alors le lien social est bien fragile...
Il y a deux mille ans est né celui qui allait être considéré par les siens comme un hérétique. « Heureux ceux
qui croient sans avoir vu » a-t-il dit. Mais il n'a pas ajouté « maudits soient ceux qui
doutent »... Jésus, lorsqu'il est ressuscité est apparu devant Saint Thomas qui n'en a pas crû ses yeux : il voulait toucher les preuves du doigt. Qu'a fait le Christ ?
L'
a-t-il injurié ? L'a-t-il mis au ban des humains ? S'il
l'eut fait peut-être qu'aujourd'hui le monde chrétien ne serait pas ce qu'il est. Il lui a pris la main et lui a fait toucher ses plaies. Oui, c'était bien Jésus qui avait été cloué sur la croix.
Et Thomas qui aurait pu devenir un négationniste de la résurrection est devenu un apôtre.
Faurisson est un Saint Thomas de l'ère moderne. Il a posé des questions et pour toute réponse on lui a cloué le
bec, on l'a crucifié sur la place publique. Non, non, mon amie, ne me fais pas dire ce que je n'ai
pas dit : Faurisson n'est pas le nouveau Christ mais ses bourreaux viennent des mêmes, de ceux qui ont peur du vacillement des dogmes sur lesquels reposent leur vision du monde. La bienveillance
du Christ envers celui qui n'avait pas la foi a permis l'essor d'une religion qui permet le doute. A l'opposé de celle-ci et à l'opposé du paradigme sur laquelle elle repose, l'interdiction
actuelle sera le fossoyeur d'une nouvelle religion dont le sacrifice fondateur n'était pas l'expression d'une volonté divine. Voilà donc deux raisons pour que la Shoah vienne rejoindre dans
l'histoire et au même degré qu'eux les crimes hélas nombreux et banals de l'humanité contre elle-même.
Et une bonne raison de ne pas refuser de serrer la main de Faurisson.
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PS : puisque certains lecteurs ont jugé bon de me "dénoncer" pour thèses négationnistes et antisémitisme, je précise :
Je ne suis pas révisionniste, je ne suis pas non plus "exterminationniste", je ne suis rien du tout puisque je ne suis pas historienne.
Je suis une scientifique ; on ne peut pas tout faire et tout connaître, et je veux pouvoir avoir confiance en ce que font et disent les "spécialistes" chacun dans leur spécialité. Non que je pense qu'ils puissent tous avoir raison lorsqu'ils ne sont pas d'accord, mais que ce n'est que d'une loyale confrontation que peut émerger une vérité, même mouvante et imparfaite... Lorsque celle-ci devient rigide et obligatoire la porte s'ouvre sur le totalitarisme et celui que l'on voit émerger aujourd'hui est d'autant plus dangereux qu'il est insidieux, usant et abusant des moyens de propagande que la technologie met à sa disposition, permettant cette dictature soft et indolore dans laquelle nous nous trouvons.
Indolore sauf pour ceux qu'on anesthésie difficilement. Faurisson en fait partie, et qu'il ait raison ou tort n'est à ce jour pas mon propos : je ne connais pas assez ni ses thèses ni les thèses officielles pour en juger. Mais je ne supporte pas que pour toute réponse et pour tout argument il se fasse clouer le bec avec tous les moyens et toute la violence que le Pouvoir a à sa disposition.
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