Cher Monsieur Collon,
Attaqué sur la forme que prend votre antisionisme par Alain Soral, vous y avez répondu brièvement - dans un premier temps - par un article publié sur votre site.
Nous devrions nous battre du même côté, et sur certains sujets, comme celui de la défense d’Hugo Chavez, nous le sommes. Déjà, lorsque je vous ai rencontré lors d’une tournée de conférences que vous faisiez avec Tariq Ramadan, je vous ai posé la question du nationalisme vénézuélien. Et déjà vous me répondiez que le nationalisme du sud est un nationalisme de résistance contrairement au nationalisme d’un pays comme la France, ou de la Belgique, qui serait un nationalisme agressif et à visée colonialiste.
Monsieur Collon, ne voyez-vous pas que ce nationalisme là, outre de mal porter son nom, a vécu depuis longtemps ? Que vous réfléchissez avec des catégories qui ont plus d’un demi-siècle d’obsolescence ? Un nationalisme conquérant n’est pas un nationalisme mais un impérialisme. Il faut redonner aux mots leurs sens, faute de quoi nous ne pouvons réfléchir sérieusement, et on pourrait d’ailleurs se demander s’il n’y pas dans la déformation du langage une forme de tromperie volontaire qui en tordant les mots rend impossible, et leur réfutation, et leur appropriation. Mais là n’est pas le sujet de ma lettre.
Un petit aparté encore avant d’aborder la suite : épargnez-nous s’il vous plaît les attaques faciles pour ne pas aborder le fond du sujet, en vous faisant l’écho de rumeurs d’un Le Pen qui pendant la guerre d’Algérie aurait été un tortionnaire... Je n’y étais pas, vous n’y étiez pas, c’était la guerre, il y a eu des saloperies des deux côtés, et même si cela s’avérait en partie vrai, il y a peu entre la torture et un interrogatoire musclé lorsqu’il s’agit de savoir où un attentat sur des civils innocents est peut-être en train de se préparer.
Sans compter les inventions a posteriori pour discréditer celui qui devait exister sans jamais pouvoir être fréquenté. Vous connaissez l’histoire du Front national, Monsieur Collon, et vous connaissez le dessous des cartes en politique : tout peut se dire et tout peut s’inventer lorsque c’est pour « la bonne cause », c’est à dire celle que l’on défend (1). Alors restons sur le terrain de l’analyse, le sol y est bien plus solide.
La France aujourd’hui est, tout autant que le Vénézuela - bien que de manière plus insidieuse parce que les forces de domination et d’asservissement, que l’on peut appeler l’Empire, s’y trouvent très efficacement relayées de l’intérieur - en position de devoir se défendre. Et contre cet Empire sans véritable figure qui veut faire du monde un vaste marché dominé par les multinationales, qui pour se déployer ne veut plus ni États ni frontières, quoi d’autre que retrouver l’idée de Nations, libres, indépendantes, protectrices et souveraines décidant en fonction de l’intérêt de leurs peuples et d’eux seuls quels accords, traités, alliances elles font entre elles ? Rien dans ce nationalisme là - le nôtre - n’implique que la défense des intérêts d’une nation irait de pair avec le non-respect de la souveraineté et de la liberté des autres nations.
Le sous-entendre comme vous le faites en assimilant nationalisme et impérialisme est une imposture. Le nationalisme bien compris, celui qui lutte contre le mondialisme, ne peut être que respectueux de toutes les nations. « Chavez, le Che, Lumumba, Nasser et Le Pen, même combat donc ? » dites-vous. Oui, chacun selon sa sensibilité, sa culture, son époque, l’histoire de son pays et sa réalité géopolitique se sont battus ou se battent pour la même chose : l’indépendance politique et économique de leur pays. En vous rappelant que lorsqu’il s’est agi de se coaliser pour amener la démocratie en Libye, le seul grand parti en France qui a dénoncé cette ingérence dans les affaires internes d’une nation souveraine – comme il l’a fait pour l’Irak, l’Afghanistan et peut-être demain l’Iran - c’est bien le Front National...
Mais venons-en à l’essentiel : l’antisionisme. Vous reprochez à Alain Soral de donner à la question religieuse une place trop importante. Et en même temps vous lui reprochez de faire le jeu de nos "philosophes" sionistes trop heureux de pouvoir taxer d’antisémitisme tout antisioniste qui émet une critique du judaïsme. D’abord sur la forme : faut-il donc accepter les catégories de nos ennemis – ici les sionistes qui en revendiquant l’existence d’un État juif font du racisme "anti-goy" une institution - pour ne pas « tendre le bâton pour se faire battre » ? Non, il faut les réfuter et jeter au loin ce bâton qui n’a pas lieu d’être. Ensuite sur le fond : le sionisme est un projet juif, même s’il a pu, au cours du temps, être supporté par des non-juifs.
Et un juif, qu’est-ce donc si ce n’est l’adepte d’une religion ? Mais peut-être – sûrement - qu’en homme de gauche vous refusez d’imaginer que le monde puisse être, aujourd’hui encore, dirigé par des pensées dont les racines puiseraient aux sources des textes sacrés. Pourtant la légitimation sioniste de la présence juive en Palestine - et pas ailleurs - s’y trouve bien. La Terre Promise est un concept religieux et la reconstruction du Troisième Temple un projet bien réel qui tire sa motivation de textes prophétiques. Même Georges Bush, en son temps, légitimait in petto, sa croisade contre l’Irak par la guerre de Gog et Magog (2) !
Mais peut-être me direz-vous encore qu’un juif ce n’est pas seulement l’adepte d’une religion, qu’il y a d’ailleurs beaucoup de juifs athées, qu’Herzl lui-même l’était, etc.... Mais accepter cela c’est accepter qu’il y ait un peuple juif en-dehors de la religion juive. Un peuple qui, parti de Ur, aurait erré dans le désert, puis après moult pérégrinations se serait installé enfin en Palestine, avant de se disséminer aux quatre coins de la Terre. Un peuple qui ne pouvait se fondre dans les autres – où sont les Celtes ou les Tartares aujourd’hui, si ce n’est fondus dans de nouveaux peuples ? - parce qu’il aurait une particularité qui le rendrait différent, non-miscible, quelque chose d’unique comme un gène, mieux qu’un gène, puisque le caractère qui y serait lié se transmettrait ou ne se transmettrait pas, sans jamais se métisser.
Vous êtes juif ou goy, jamais à demi-juif. Vous connaissez pourtant les thèses de Shlomo Sand (3), et avant lui d’Arthur Koestler (4) ? Et certainement que vous y souscrivez. Alors ? Qu’est-ce qui vous fait ainsi lever le bras pour vous défendre du bâton ? Vous voilà citant Tariq Ramadan qui, comme des milliers d’autres, la Licra et le Mrap en tête, lient l’antisémitisme à une forme de racisme. Nous y voilà ! Si l’antisémitisme est une forme de racisme - comme le désire une certaine élite sioniste en place pour empêcher toute critique du judaïsme et du sionisme qui en est issu - alors le « sémite » est le représentant d’une race, ou disons - puisque je suppose encore une fois qu’en homme de gauche vous réfutez le mot même de race – d’une ethnie particulière. Mais quelle ethnie peut trouver en son sein aussi bien des blonds aux yeux bleus, des roux, des peaux mates aux regards foncés que des noirs de peau ? Aucune. Alors d’où vient le ciment de ce "peuple" ? D’où vient-il si ce n’est d’une religion commune ?
On tourne en rond, vous le voyez bien. Ce peuple n’est peuple que par la désignation divine - selon ce peuple lui-même - qui a fait de lui le Peuple Élu. Et de la Palestine la Terre qui lui aurait été promise par leur Dieu. Vous ne pouvez pas sortir de là. Faire de ce peuple une entité anthropologique unique c’est non seulement accepter l’idée génétique de la judaïté, mais c’est en plus accepter que cette idée génétique bouleverse toutes les notions de la génétique en ne se transmettant que par la mère ( je n’ignore pas l’ADN mitochondrial mais vous savez aussi bien que moi que la recherche de ce côté là n’est qu’une tentative de justification désespérée) et qui porterait sur un caractère qu’on ne retrouverait ni dans le phénotype ni dans une particularité du métabolisme de celui qui en aurait hérité. C’est absurde.
Un dernier mot : il n’y a pas de « politique coloniale israélienne », Monsieur Collon ; l’existence d’Israël est une politique coloniale à elle toute seule, mais une politique coloniale qui n’est pas celle d’une nation, comme l’a été la politique coloniale de la France ou de la Belgique. Elle est le fruit d’un concept religieux qui est le fondement du judaïsme (5), et qui fait des Juifs des hommes différents de tous les autres hommes - un peuple à part de tous les autres peuples - et qui auraient sur une terre sur laquelle ils n’ont pas majoritairement vécu depuis deux mille ans, des droits imprescriptibles.
Or, vous n’acceptez pas cela, et vous avez raison. Mais alors comment, si vous pensez qu’être juif ce n’est pas faire partie d’une race à part, ni par élection divine, ni par l’existence d’un génome spécifique, justifiez-vous que cet antisémitisme qu’on nous jette à la figure soit un racisme ? Vous ne le pouvez pas, et c’est pour cela que, comme tous les autres qui manient ce bâton, vous prenez soin d’en faire un racisme "à part", une « forme de racisme »... afin d’embrouiller suffisamment les concepts pour que la raison , tétanisée, ne puisse répondre.
Notes :
1-À ce petit jeu là, les détracteurs de Chavez vous proposeront ce lien :http://totalitarianimages.blogspot....
2-http://www3.unil.ch/wpmu/allezsavoi...
3-Comment le peuple juif fut inventé, 2008
4-La treizième tribu,1976
5-Voir le livre d’André Gaillard, Le sionisme en Palestine / Israël, fruit amer du judaïsme, 2004


e leur foi. Alors ils disent leur colère, et l’on a vu défiler catholiques et musulmans unis dans un même
front, demander le respect, non pas d’eux-mêmes, mais de ce qui pour eux, et pour une bonne moitié de l’humanité, est au-dessus d’eux.
D’un autre côté, nous
avons vu Dieudonné caricaturer un colon israélien à la télévision. Puis Siné tacler le fils Sarkozy en metta
e dans un miroir, devrait forcer le respect de tous - ne serait-ce que par ce que ces questionnements
sous-tendent comme tentative d’élévation de la conscience - et même de la part de ceux qui pensent que le néant encadre nos vies.
pourtant rester du domaine de l’esprit, dans les corps, dans
chacune de leurs cellules, au plus p

Dans le cadre de l' « affaire Sakineh »,
montée de toute pièces par le meneur de la Règle du Jeu, Infrarouge, une émission de la Télévision Suisse Romande, mettait en présence Marek Halter, écrivain français, juif, co-fondateur de
SOS-Racisme, Saïda Keller-Messahli, suissesse d'origine tunisienne, présidente du Forum pour un islam progressiste, et Hani Ramadan, suisse d'origine égyptienne, directeur du Centre islamique de
Genève. Il s'agissait donc de discuter de la lapidation, et Hani Ramadan ne l'ayant pas franchement condamnée puisqu'il voit en ell
e une mesure dissuasive difficilement applicable en vertu des lois coraniques qui l'entourent, tenait là le rôle du Vilain : celui qui
ne prenait pas la défense de Sakineh. Il n'avait d'ailleurs pas signé la pétition contre la lapidation initiée par BHL, ce qui, dans la vision toujours manichéenne que l'on nous offre, signifiait
bien évidemment son adhésion à cette pratique moyenâgeuse. Il fallait donc mettre tout de suite le téléspectateur du bon côté - celui des pratiques non moyenâgeuses - et la présentatrice de
l'émission, ayant fouillé dans un livre publié en 1991 par Hani Ramadan, « La femme en Islam », y
avait trouvé ce qui lui avait semblé être une Perle : parlant de la femme il évoquait « sa fonction primordiale qui consiste à
élever ses enfants ». Diable !
Revenons donc à la Perle : « la fonction
primordiale d'une femme consiste à élever ses enfants. ». Et posons-nous la question : quelle est la fonction primordiale de l'Humain ? Nul ne le sait, et depuis que l'Homme pense,
c'est à dire depuis qu'il est Homme, il se pose la question. Devant cet abîme, et imprégnés de l'humilité qui ne peut que nous conduire à ne pas pouvoir donner une réponse définitive à ce qui
reste la première et la dernière question d'une vie honnête, on ne peut que penser que devant notre incapacité à y répondre et quelle que soit cette réponse – destinée évolutive et historique
commencée dans un amas de matière ou dessein divin – notre seul devoir, qu'il s'inscrive donc dans l'Histoire ou dans la réalisation d'une volonté qui nous dépasse, est bien de nous reproduire.
Mais pas n'importe comment : nous reproduire en implémentant à chaque génération un petit plus, une plus-value pourrait-on presque dire, qui serait le fruit de l'expérience de chacun qu'il aura
transmis à sa descendance. Entendons-nous bien : non pas l'expérience puisque celle-ci meurt avec nous, mais son fruit, son essence, le pas de plus qu'elle nous a permis de faire. Voilà donc la
fonction primordiale de l'humain ! Pierre par pierre continuer l'œuvre commencée : s'améliorer
lui-même, se reproduire puisqu'il est mortel, et donner les clés. Voilà ce qui, sur son lit de mort, devrait apaiser celui qui s'en va : le sentiment
d'avoir, son devoir accompli par ses propres réalisations, passé le flambeau à d'autres qui pourront le mener plus loin encore. Il faut Faire et Transmettre. Chacun doit Faire, en fonction de ce
qui lui a été transmis - c'est le sens de la parabole des talents – et la femme n'est pas exempte de ce devoir-là. Elle participe de l'avancée du monde, et les luttes des premières féministes qui
réclamaient que leur soit donnés les outils pour leur permettre cette participation étaient légitimes, aussi bien au regard d'une vision matérialiste que spirituelle de l'humanité. Et chacun doit
Transmettre - au risque de n'avoir fait que pour le néant - et l'homme n'est pas exempt de ce devoir-là. Mais avant de transmettre il faut modeler l'adulte en devenir, préparer le réceptacle du
savoir, le rendre capable de cette réception. Un enfant non éduqué ne pourra ni avancer ni transmettre à son tour. Il ne pourra réaliser sa fonction fondamentale d'Humain et fera régresser
l'humanité toute entière. Élever un enfant c'est permettre à l'humain qu'il est de devenir
lui-même dans toutes ses potentialités. N'est-ce donc pas bien une fonction fondamentale de toute société ? Celui qui l'endosse n'est pas relégué dans
l'obscurité d'un monde révolu. Il est au contraire l'éclaireur, celui qui éclaire ceux qui un jour seront devant. Ce rôle-là, Hani Ramadan, à la suite de nombreuses civilisations, le donne aux
femmes. Nous devrions en être honorées.